Après une saison culturale 2007 difficile, nous rêvions d’un peu plus de sérénité. Malheureusement, la vie en a décidé autrement. Alors que les premiers grains de raisin se formaient dans le vignoble, Gérard Tesseron s’en est allé brutalement, comme il a vécu, avec discrétion et humilité. Son départ a mis en perspective les difficultés du climat de l’année par rapport aux drames de la vie. Alors, notre succès à contenir une pression de maladie hors-normes devenait ainsi bien anodin. Le cep de vigne porte en lui la mémoire des générations successives qui l’ont façonné à un moment de sa vie. Il est néanmoins tourné vers l’avenir en portant les récoltes futures et nous oblige à le servir avec le même état d’esprit.

Nous avons donc choyé les jeunes grappes avec toujours autant de dévotion mais avec un cœur un peu plus gros que d’habitude. La vie nous a donné quelques moyens subtils d’aider la plante à supporter plus facilement des périodes délicates. Ce fut particulièrement utile cette année où nous avons subi 4 mois pluvieux et un déficit d’ensoleillement pendant l’été.

Nous avons gagné en précision dans notre engagement vers une viticulture naturelle dans laquelle le pied de vigne est accompagné dans son développement avec douceur et harmonie. Sans les traumatismes de 2007, qui ont amélioré nos connaissances, nous n’aurions certainement pas pu négocier la saison culturale 2008 avec autant de succès.

De façon plus anecdotique et pour la première fois depuis plus de 40 ans, on a de nouveau entendu le pas des chevaux dans la cour. Il ne s’agit encore que d’une expérience visant à réaliser tous les travaux de la vigne au cheval afin de supprimer le compactage des sols. C’est un changement majeur qui se dessine. Mais rien n’est simple pour adapter l’utilisation du cheval aux contraintes modernes sans non plus tomber dans une dérive folklorique. Il faudra faire le bilan après deux saisons.

Cela ne nous a pas pour autant éloignés du vignoble qui nécessitait des attentions de tous les instants pour faire face à cette météo capricieuse. Heureusement, le mois de septembre a été plus clément. Les vendangeurs arrivés dans la dernière semaine du mois ont pu effeuiller la totalité du vignoble pour que les grappes puissent profiter du moindre rayon de ce doux soleil d’automne.

Cela nous a permis d’attendre le tout début octobre pour commencer la récolte des Merlots dont les rendements sont particulièrement bas après une floraison intervenue en conditions froides et humides. Puis ce fut de nouveau l’attente pour les cabernets avec un nouvel arrêt de plusieurs jours. Enfin, le 8 octobre, nous avons commencé la récolte du Cabernet-Franc, puis du Cabernet Sauvignon le lendemain. Enfin celle du Petit-Verdot est intervenue le 15.

Les dernières grappes ont été coupées le 16 octobre sous un ciel encore radieux. Malgré les menaces d’un temps capricieux, ces vendanges sont sûrement les plus sereines que nous ayons eues depuis longtemps. Les tables de tri, servies par un personnel méticuleux mais détendu, ont une fois de plus montré leur supériorité pour le respect du fruit avant la mise en cuve par gravité.

Les vinifications furent à la fois simples par des fermentations relativement faciles mais aussi très complexes tant il fallait adapter en permanence les extractions en fonction de dégustations réalisées plusieurs fois par jour. Il est encore trop tôt pour estimer précisément le niveau qualitatif des vins et tenter de leur trouver une quelconque ressemblance avec l’un de leurs prédécesseurs.

Il sera avant tout lui-même et c’est le principal. Mais il portera aussi en lui tout l’amour que nous avons pour ce magnifique domaine.

Tout nous incite donc à attendre avec sérénité les dégustations du printemps prochain. Nous vous accueillerons dès le 1er avril pour vous faire gouter le Château Pontet-Canet 2008.

Alfred Tesseron